10.09.2008

Les enjeux ambigus des écrits participatifs sur internet

Etienne CANDEL, agrégé de lettres modernes, enseignant au CELSA (École des hautes études en sciences de l'information et de la communication), université Paris-Sorbonne (Paris IV), a donné une conférence en Mars dernier, aux personnels d'inspection pour lancer la reflexion sur les enjeux socio-politiques, culturels et idéologiques des nouvelles pratiques éditoriales sur internet, en particulier à travers l'analyse de l'usage des blogs.

Voici la synthèse que j'ai faite à partir de son intervention :

L'usage"participatif" est à la mode, comme étant un mode de communication naturel, moderne, convivial...

En effet, des différences existent entre la communication sur les blogs et les forums, et l'usage traditionnel des supports écrits ou oraux :

  • mise en évidence des différents locuteurs qui doivent s'identifier
  • écriture d'un texte polyphonique, qui porte en lui le principe de sa propre continuation, donc a-priori jamais fini
  • lecture "active" qui combine la perception visuelle, des gestes ("clics" de souris), des choix (navigation à travers les pages)

Mais tout ceci n'est possible que grâce à un support (ex: plate-forme de blogs) complexe, organisé, qui favorise l'action de l'internaute sur la page. Dès lors, cette collaboration éditoriale, qui est aussi à l'oeuvre dans la publication d'un livre (entre l'auteur, son éditeur et parfois le lecteur), mais secondaire, devient sur internet un élément essentiel car c'est elle qui conditionne la communication.

 C'est là qu'intervient l'ambiguité :

D'un côté, l'internaute a l'impression de construire une communication autonome, libre, fondée sur le modèle de la conversation orale, avec des avantages supplémentaires : 

  •  La prise de parole devient une prise de position qui valorise le participant, car le message est public :  l'écran sert alors de tribune
  •   la production des textes est très dynamique : chaque écrit en entraîne un autre, et laisse croire à une prise de pouvoir : ex des débats politiques participatifs.
  •  Le statut des internautes change : ils peuvent se faire journalistes, critiques liittéraires, encyclopédistes, experts;

Tout ceci est très motivant et très gratifiant, d'où des réactions enthousiastes vis à vis de ces nouveaux outils dont la simplicité d'usage semble être une garantie de valeur.

D'un autre côté, la place des médiateurs des savoirs traditionnels est fortement remise en cause par ces formes : on y retrouve l'idéologie libertaire des années 70, qui a en partie instauré l'ouverture d'internet au grand public :

  • égalité de tous les intervenants,
  • principe de la libre expression,
  • foi dans l'autorégulation du réseau,
  • gratuité de l'information,
  • contestation de l'autorité et des autorités. Par ex, voire  la démarche du site Note 2be, qui proposait aux élèves de noter leurs enseignants.

Ces constats entraînent alors des réactions hostiles, technophobes, qui font de l'outil un danger potentiel.

 Conséquences pour l'enseignant :

Il doit bien réfléchir en amont à la place offerte aux participants, de son blog par exemple, en sachant que forcément, si les élèves écrivent et prennent la parole, il leur cède partiellement son rôle de médiateur du savoir ; il doit donc en mesurer et en maîtriser les conséquences .

Par ailleurs, il doit être bien conscient que la force de la forme pré-construite qu'il utilise comme support à cause  de sa simplicité d'usage, de son esthétique, de sa souplesse , cache le pouvoir réel que le concepteur garde sur les textes produits, en tant que co-éditeur :  les pratiques participatives sont souvent exploitées commercialement, et surtout, ces formes conditionnent les messages en favorisant certains types d'entre eux plus que d'autres par exemple.

Faut-il renoncer à utiliser ces nouveaux modes de communication en classe ?

NON : l'école doit faire prendre conscience à l'élève de la soumission potentielle qui est la sienne face aux concepteurs de ces formes de communication internet;

mais l'école doit aussi lui apprendre à garder par rapport à elles une distance critique, et à se créer ses propres modèles, pour qu'il ne soit pas trop influencé par ceux qui sont socialement diffusés par ces nouveaux medias.

Pour retrouver l'intégralité de cette conférence,
rendez-vous sur le site de l'ésen (Ecole Supérieure de l'Education Nationale):

http://www.esen.education.fr/fr/ressources-par-type/confe...

Vous pourrez acccéder à une version filmée  (41 mn), à une version sonore ou au texte en .pdf .

De quoi faire connaissance avec la "sémiotique des écrits d'écran", une nouvelle science qui intéressera tous ceux qui aiment réfléchir aux enjeux de leurs pratiques personnelles ou professionnelles de la communication internet.

Isabelle FARIZON

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Commentaires

Merci Quentin ! çà fait plaisir de savoir que cet article a intéressé quelqu'un...
J'essaierai de continuer à répondre à votre curiosité ; n'hésitez pas à faire connaître ce que vous voudriez trouver sur ce blog...

Ecrit par : Isabelle | 24.10.2008

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